DÉDICACES
Les awoulaba prennent le pouvoir
Les awoulaba prennent le pouvoir Au moment où la dictature des tailles hyper minces, voire anorexiques se fait de plus en plus forte sur les « T ». Au moment où être mince paraît tendance, il y a un oasis à Abidjan où les formes généreuses, les rondeurs, les « balcons bourrés », ne sont pas du tout un obstacle à l’exercice du métier de mannequin. Mais plutôt un gros avantage. Eclairage !


En cet après midi du dimanche 18 juillet 2010, l’air frais qui flotte sur Abidjan à cause des grosses pluies de saison est, soudain, réchauffé à l’entrée de la salle des fêtes des Anciens Combattants de Treichville. La cause ? A l’intérieur, sur le podium, une vingtaine de créatures aussi plantureuses les unes que les autres se déhanchent gaiement sur un air de techno. Ici, pas de taille anorexique, mais des formes pleines, généreuses,… Les mannequins sont débordants d’enthousiasme.

En fait de modèles, c’est plutôt les balcons qui sont bourrés, les affaires qui se balancent, des bombes lancées… On se croirait dans un remake du clip Amoudjou de Gadji Céli. Mais ici, nous sommes à une des répétitions dominicales de l’agence de mannequins, d’hôtesses d’accueil et d’actrices de cinéma, awoulabaya (un nom créé à partir de la combinaison awoulaba et de baya). L’initiateur du projet s’appelle Cool Siaka. un couturier dont le physique, assez frêle, tranche avec les bombes qu’il a sous sa coupe. « L’agence existe depuis 2009, son objet est de faire la promotion de la « vraie femme africaine ». Au départ, plus de cent filles s’étaient présentées au casting. 20 parmi elles ont été retenues, pour le moment, sur la bases de ces critères : avoir la forme awoulaba, savoir lire et écrire, avoir un teint naturel et mesurer au moins 1,60 m. Les filles de l’agence ne sont pas des awoulaba, nous les avons baptisées
awoulabyaises… »

Pendant que l’initiateur consulte ses fiches, histoire d’inscrire une nouvelle venue, nous nous approchons un peu plus du podium. On se rend alors compte que ces formes généreuses moulées dans des vêtements près du corps ont de quoi donner le tournis à un cœur en vacances. La première awoulabayaise à qui nous nous s’adressons s’appelle Diane Ekra. Cette jolie métisse de 23 ans dit avoir été recalée à nombre de castings, à cause de son physique d’awoulaba. Mais ici, ses 70 kilos repartis sur 1,70 m sont très appréciés « Tous les jours, il n’y a que les filles minces qui ont la chance de défiler. Nous aussi on aime le métier de mannequin, nous aussi on peut mettre des vêtements en valeur. Moi, en tout cas, je veux oser, et je n’ai pas froid aux yeux… ». ça y est le ton est donné ! Marie Odile Takri est une autre awoulabayaise et elle vise le même but. Mais, contrairement à Diane, elle a fait des efforts supplémentaires pour être là : elle s’est littéralement « gavée » pour se donner les atouts d’une véritable awoulaba. « Je pesais 72 kilos pour 1,72 m. Comme je voulais participer à cette aventure, j’ai pris 8 kilos en quelques semaines… »

Maryline Koutouan, elle, a 26 ans et est assistante commerciale. Elle dit être là pour vaincre cette timidité qui lui gâche une partie de sa vie. « En fait, mes parents et mes proches ne savent pas que je fais ça. Tous les dimanches après-midi, je leur dis que je vais à Treichville, mais ils ne savent pas où je vais. Quand ils vont le découvrir, je pense que cela va me permettre de m’affirmer devant eux… » La discrétion sur les intentions, Aida Koffo n’a pas ce problème. Il y a longtemps que son fiancé lui a donné carte blanche pour mettre son mètre 64 et ses 90 kilos au service de la mode. Et elle n’est pas la seule à qui les parents et proches ont donné un quitus. Même la très jeune Andréa Ouattara,15 ans, a eu l’autorisation de ses parents pour s’inscrire à l’Agence Awoulabaya. Seulement, sa mère l’accompagne chaque fois aux répétitions… A 18h, quand les awoulabayaises descendent enfin du podium et s’en vont, la salle des fêtes des Anciens Combattants de Treichville se rafraîchit tout d’un coup. En fait, tous les hommes présents peuvent enfin reprendre leur souffle.



Usher Aliman
usheraliman@yahoo.fr
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