
Les hommes de Dieu, il en existe. Chacun avec une onction particulière. A Yopougon, la plus grande commune d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, le Pasteur Kouassi Kouassi Joseph, entré en religion sans trop s’y attendre, fait régulièrement des démonstrations de la toute puissance du maître de l'univers.
Dans le grand temple, le petit homme bouge, bouge… Soudain, dans la file debout à sa gauche et sa droite, le pasteur souffle de l’eau dans le visage d’une fidèle. Celle-ci s’écroule presque aussitôt, en transe. En proie à des convulsions qui la font tournoyer sur place, elle n’arrête de pousser des cris. Le rituel de bénédiction par pose de la main sur la tête de chacun de ses visiteurs suspendu, le pasteur va consacrer les prochains instants à cette patiente. Invocations, prières. Quatre à cinq minutes après, elle va retrouver ses sens.

Puis, après un bain rituel avec du parfum par lui consacré, le pasteur va faire des révélations. Cette dame a été physiquement troquée par les sorciers. Il y ira d’une image : celle d’une belle maison. Qu’est-ce qui la rend attrayante ? Soumise à la simple question, la dame sera renvoyée à sa place par deux fois, faute d’avoir trouver la réponse juste, à savoir la décoration des lieux. Fait rarissime pour les habitués du ministère Saint Joseph à Yopougon (une commune d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne), cette question valait composition de passage. Finalement, c’est par l’épreuve de l’eau que s’accomplira sa délivrance.
Tout comme pour une maison, cette dame, expliquera l’homme de Dieu, a subi une décoration de la part des forces des ténèbres, devenant insignifiante pour les créatures humaines ; d’où ses difficultés à se trouver une âme sœur dans le monde du réel. « Il y a du travail à faire pour elle », prévient-il.
Puis sa ronde reprend. Son regard perçant scrute la foule, puis comme mû par une force invisible, il fonce et prend un homme par-ci, une femme par-là, qu’il conduit à l’autel. Et reprend inlassablement son rituel de délivrance, non sans faire de révélations à mots plus ou moins voilés sur les causes de blocage dans leur vie.
Les témoignages d’authenticité ne manquent pas. Tel celui de ce couple dont il a saisi la profonde déchirure à travers leur fils, un garçonnet d’environ trois ans. « Insoumise, impétueuse et incontrôlable », la mère sera instamment invitée à être plus « douce et compréhensive » dans l’intérêt de sa petite famille et son mari convié à pardonner toutes ses fautes. Autre témoignage : celui de cette femme qui, ayant bu l’eau bénite du pasteur, a, contre toute attente, vu fondre et rejeter par petites couches le fibrome qu’elle avait en son sein.
Il y a aussi cette prophétie qu’il faisait partager en août 2002 sur l’immense d’une déflagration en Côte d’Ivoire. Un peu plus d’un mois plus tard, le 19 septembre 2002, les faits lui donnaient raison. Plus étonnamment exact, il sera quand il prophétisera l’échec de l’offensive des forces militaires loyalistes pour libérer Bouaké alors occupée par les forces rebelles. « Cette offensive est vouée à l’échec. Bouaké ne serapaslibérée. Mieux (ou pire), ce conflit va prendre une dimension internationale. On y retrouvera plusieurs pays », confiera-t-il la veille. Les choses se déroulèrent exactement comme il l’avait annoncé : débâcle des soldats loyalistes à Bouaké, internationalisation du conflit avec la mise en place de forces tampons (Licorne, ONUCI) notamment.
Le pasteur Kouassi Kouassi Joseph est un homme de Dieu atypique, entré au service de Dieu alors qu’il ne s’y attendait pas. C’était le 7 février 2002, raconte-t-il. Rompu par la faim et la fatigue, il sortira de la sieste dans laquelle il était plongé par une voix lui enjoignant de se mettre dès le lendemain au service des hommes et de les guérir par un pouvoir mis en ses mains. Ainsi commença dès le lendemain le sacerdoce de cet homme jusqu’alors régulièrement visité par la malchance. Trente-six métiers, trente-six misères. Il n’arrêtait de broyer du noir.
De ses mains, il transforme depuis lors eau de robinet et parfums en véritables potions miracles qui font fuir le malin et restaurent les désespérés qui, chaque jour, accourent plus nombreux en son temple.
ELVIS KODJO
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